Aliou Dia, leader de la convergence pour le renouveau et la citoyenneté (crc) : « On ne doit pas nous installer dans une situation de crise ingérable »

Le secrétaire général de la Convergence pour le renouveau et la citoyenneté (Crc), Aliou Dia, a donné son point de vue sur la situation actuelle au Pds invitant les députés à orienter les débats sur les questions essentielles qui interpellent la vie des citoyens. A propos de cette situation au Pds, il a déclaré qu’on ne doit pas nous installer dans une situation de crise ingérable.

Vous étiez député lors de la dernière législature, quelle appréciation faîtes-vous de la crise qui secoue la Pds au parlement ?
Nous regrettons cette crise qui malmène l’Assemblée nationale, la deuxième institution du pays. Une Assemblée nationale qui a été très bien respectée sur les plans national et international. On ne doit pas, quelle que soit l’adversité, la mettre dans la situation dans laquelle elle est aujourd’hui. Le débat devait tourner autour du développement. Comment faire pour développer l’agriculture ? Comment faire pour que le Sénégal comprenne qu’il a un leadership sur le plan international notamment dans la résolution des conflits. N’eut été l’intervention du président Sall, l’hémorragie n’allait pas être arrêtée au Burkina Faso. Nous avons vu le Sénégal avec la crise au Yémen. Quand le pays a compris que l’Arabie Saoudite, un pays frère était concernée, il a agi. La France, l’Arabie Saoudite, le Gabon, la Côte d’Ivoire et le Maroc sont les meilleurs amis du Sénégal. Si un problème touche l’Arabie Saoudite, le Sénégal doit prendre son courage pour intervenir. Le débat à l’Assemblée doit être orienté vers ces questions essentielles. Il ne doit pas être des guéguerres de partis. C’est inadmissible. Les députés sont des élus du peuple qui doivent montrer la voie, savoir les enjeux du moment.

Est-ce qu’une médiation pourrait aider à rapprocher les acteurs en conflit ?
Je compte sur le président Moustapha Niasse, sur son ingéniosité. Si l’on fait des efforts, l’on parviendra à régler les problèmes. Une médiation peut aussi être menée pour rapprocher les députés du Pds, parce que le problème concerne essentiellement ce parti. Si le Pds veut trouver une solution, il la trouvera. Il a fait 26 ans de lutte derrière Abdoulaye Wade, un patriote qui a fait ses preuves. Le parti du président Wade n’a pas le droit de se comporter de cette façon. Le Ps a perdu le pouvoir en 2000, mais il n’avait pas perdu la tête. Les socialistes se sont ressaisis, ont travaillé et se sont retrouvé avec le président Sall. On ne doit pas nous installer dans une situation de crise ingérable. Le peuple ne l’acceptera pas.

Des voix ont appelé récemment à une médiation des religieux pour rapprocher le président Sall et l’ancien président Wade. Partagez-vous cette démarche ?
Je voudrais que chacun joue son rôle. Que chacun comprenne ses attributions. Il ne faudrait jamais qu’on mélange le spirituel et le temporel. Qu’on prenne une République comme une affaire d’homme. La République repose sur des pouvoirs. L’Exécutif, le législatif et le judiciaire. Si un pouvoir se prononce sur une question, personne d’autre n’a plus le droit d’en parler. Si ce pouvoir a déjà tranché, je ne pense pas qu’on puisse faire des commentaires encore moins des supputations. Il faut qu’on comprenne que l’institution principale est le président de la République. S’il s’agit maintenant de problème religieux, on peut les régler dans les dahiras. Il faut qu’on comprenne que Wade est l’ancien président du Sénégal. On lui doit tous les égards, mais il n’est plus président. Le président de la République actuel est Macky Sall qui doit être accompagné par tous les Sénégalais pendant son mandat. Il doit être respecté par tous les Sénégalais. Tout le monde doit savoir raison garder surtout dans des affaires judiciaires. Certains disent que Macky Sall est le fils d’Abdoulaye Wade. C’est une fausse allégation. Abdoulaye Wade est le père de Karim Wade. Abdoulaye Wade a été à la tête du pays. Il a travaillé avec Macky Sall qui a finalement claqué la porte avant d’être élu président. Qu’on le laisse diriger le pays. Ce n’est pas normal que des gens essaient de pousser le président à tordre la main de la justice. Cela n’est pas bon pour la République.

L’hivernage tire à sa fin. Etes-vous optimiste ?
Je voudrais remercier le tout puissant de nous avoir gratifié de très fortes pluies très bien réparties dans le temps et dans l’espace, nous permettant d’avoir réalisé un hivernage record. Cet hivernage s’est bien comporté sur toute l’étendue du territoire. Nous avons des perspectives de très bonnes récoltes. Nous avions enregistré des retards dans le pays, mais cela n’a pas eu d’impacts sur les résultats, parce que dès que les pluies ont commencé, il n’y a pas eu rupture. Les pluies ont été bien réparties. Toutes les dispositions permettant d’avoir un très bon hivernage ont été prises par le ministère de l’Agriculture. Des semences ont été octroyées aux producteurs. Les intrants avaient connu des couacs, mais ceux-ci ont été redressés. Les surfaces emblavées dépassent de loin celles de l’année dernière. Ce qui fait que nous attendons une grande production à tous les niveaux, notamment le riz, le maïs et le mil.

Pour la filière riz, pensez-vous qu’à ce rythme l’Etat pourra atteindre l’autosuffisance en 2017 ?
Je ne suis pas seulement optimiste, mais je suis sûr que si Dieu nous accompagne, on dépassera l’objectif du président de la République. A la première année, on avait fait 400.000 tonnes. A la deuxième année, on est à 900.000 tonnes. En plus des superficies emblavées dans la vallée et l’Anambé, sur les plateaux, le Sénégal a fait des surprises cette année. Nous venons récemment d’une tournée dans le Saloum. Dans les bas-fonds du Sine et du Saloum, on a mis le paquet. Il y a aura une très forte production de riz. Ce qui veut dire que l’objectif visé par le président de la République sera largement atteint. Si ce rythme continue, en 2017, non seulement le Sénégal réalisera l’autosuffisance, mais il pourra exporter du riz. Nous avons trouvé des familles qui, durant toute l’histoire de leur localité, n’ont jamais cultivé du riz, mais qui ont installé des rizières cette année sur leur plateau pour la production vivrière, mais aussi pour la vente. L’objectif était ambitieux et le président a mis les moyens. La chance du Sénégal, c’est d’avoir un ministre de l’Agriculture qui a fait ses preuves à Africarice. Il a nécessairement les bagages pour réussir sa mission. C’est pour cette raison que le Sénégal fera certainement école en production de riz. Nous sommes très satisfaits des résultats déjà enregistrés. En 2017, le Sénégal va rompre avec les importations qui nous prenaient plus de 200 milliards de FCfa. Cela pousse à savoir que l’option prise par l’Etat est bonne. La denrée la mieux prisée est le riz. On fait sortir des milliards de devises qui font que pour les importations en Afrique, il nous faut 35 milliards de dollars alors qu’il suffit de mettre cette importante somme pour révolutionner notre agriculture et régler notre développement.

De bonnes récoltes sont attendues dans la filière arachide, est-ce que l’espoir des paysans ne risque pas d’être brisé par la question de la commercialisation ?
Il fait partie des contraintes africaines de définir une bonne politique agricole permettant une bonne production. Celle-ci est souvent médiocre, parce qu’elle est aléatoire, elle est tributaire de la pluie. Quelle que soit la pauvreté de la production, on est confronté à des problèmes de commercialisation. C’est parce qu’il n’y a pas de marchés. Il y a aussi un problème de financement, parce que rares sont les banques qui acceptent de mettre de l’argent dans l’agriculture encore moins dans la commercialisation. N’eut été la Caisse nationale de crédit agricole, on ne parlera plus d’agriculture au Sénégal. Pour la commercialisation, que ça soit l’arachide qui est la principale culture de rente, le coton ou les céréales, pendant les récoltes, les paysans bazardent, parce qu’il n’y a pas de fonds de commercialisation. Il n’y a pas également de marchés et cela pose un problème aux producteurs. Une position avait été prise permettant aux différentes huileries du Sénégal de trouver les financements pour régler les problèmes de la commercialisation, mais l’Etat les a toujours accompagnés dans la recherche de financement, en donnant les garanties qu’il faut aux banques nationales ou à l’offshore. C’est pour cette raison que le Cenia a déjà proposé, un prix aux producteurs, à l’Etat. On attend la réponse de l’Etat. Nous espérons que les problèmes qui avaient été connus, les années passées, avaient été évités l’année dernière parce qu’il y avait la main des Chinois et des producteurs qui avaient acheté la production. Si l’on combine les deux voies, l’on parviendra à régler le problème de la commercialisation de l’arachide.
Dakar a abrité une rencontre internationale sur l’agriculture. Pensez-vous qu’il est possible, pour l’Afrique, de relever les défis dans le domaine agricole ?
Pour réaliser le développement en Afrique, il faut un sursaut africain pour la révolution de notre agriculture permettant la revitalisation de notre économie rurale. Tant qu’on ne règle pas notre agriculture, on ne peut pas aspirer à un développement. Sans agriculture, il n’y a pas de développement. Il y aura disette. Des millions de jeunes bien formés qui ne trouvent pas d’emplois sur le terrain optent pour l’émigration clandestine. Ils prennent des barques pour aller en Europe, alors que ce continent n’est plus la solution. La solution est le développement de l’agriculture. Nous avons une agriculture à risque parce que trop tributaire de la pluie. Il y a encore d’autres préalables à régler. Il s’agit du problème de la pauvreté des terres. Quels que soient les engrais qu’on répand sur les terres, si l’on ne pratique pas du phosphatage, l’on ne peut pas maintenir les sols dans un bon état. Il faut fertiliser les sols. Il faut mécaniser l’agriculture, trouver les financements adéquats. Il faut former les jeunes, les financer et les orienter vers l’agriculture. Il faut donc une redéfinition des politiques africaines pour régler les problèmes de l’agriculture.

Que faut faut-il faire pour régler la question du financement de l’agriculture ?
Nous avons suivi, avec beaucoup d’intérêt, une conférence africaine sous l’égide du directeur général de la Bad qui a choisi le Sénégal grâce au leadership du président, Macky Sall, et du rôle du Sénégal dans le développement de l’Afrique. Si l’on trouve les financements, cela permettra de régler le problème des sols pauvres, de trouver des semences en qualité et en quantité, de former les jeunes et de les appuyer. Cela nous permettra d’avoir la production qu’il faut pour que l’Afrique nourrisse l’Afrique. L’agriculture ne sera plus une agriculture de subsistance, mais elle sera une activité commerciale. Avec l’engagement de la Bad, c’est le moment de saisir la perche. Notre priorité est de révolutionner notre agriculture pour développer l’économie rurale afin de fixer les jeunes.

Que doit faire l’Etat du Sénégal ?
J’invite l’Etat sénégalais, comme il l’a toujours fait, à accompagner le processus de revalorisation de la filière arachidière. Que la situation des huileries soit réglée. La Suneor a été vraiment une structure qui faisait la fierté, mais elle a connu des problèmes de trésorerie depuis quelques années. Il va falloir trouver une solution pour qu’elle joue son rôle.
Il ne faut pas bazarder cette société. Il faut la mettre entre les mains de partenaires privés crédibles. D’autres structures sont venues accompagner la Suneor. Ces structures ont exprimé le besoin d’acheter, cette année, 900.000 tonnes. Si elles achètent 900.000 tonnes, nous n’aurons pas de problèmes de commercialisation, parce que les Chinois vont aussi acheter. L’Etat a toujours subventionné. Il doit reconduire la subvention pour aider le producteur à augmenter ses revenus et à ne plus compter que sur sa production. Cela nous permettra de régler définitivement le problème de la filière.

Propos recueillis par Babacar DIONE
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Le soleil

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